Je suis rentré ce soir et, comme chaque soir quand je rentre du boulot, de salue mon mec que je n'ai qu'aperçu le matin, la tête sur l'oreiller avant de filer prendre mon train. Une routine bien installée et je lui demande s'il va bien. La réponse est inattendue. "Moyen". Et inattendu est un vain mot, exceptionnel serait plus approprié, c'est toujours une adaptation de "ça va" : "ça va bien", "oui, ça va", "hum hum, ça va".

Inquiet, je demande ce qui ne va pas et la réponse est sans appel. "Je crois que je ne t'aime plus". Un peu comme dans la chanson de Cali, sauf que ce soir, si j'ai bien des trucs qui me sont passés par la tête, ce n'est surement pas ça. On a parlé, bien sur, afin de tenter de comprendre. Tenter seulement, je crois bien que j'ai été emparé par une phase de déni immédiat. Un peu comme un bouclier protecteur. Mais ce n'est qu'une phase j'en ai bien conscience. Viendra surement la phase de la colère. Après tout, ce sont bientôt cinq ans de relation qu'il va peut-être devoir falloir enterrer, il n'y a pas de raison que j'échappe au mécanisme du deuil.

En attendant, je suis quand même bien perplexe. Étonné par cette annonce sans signe avant-coureur (ou alors c'est le déni qui me garde aveugle). Sur les deux derniers mois, il a été tout de même question de projets : que je change de boulot, que nous partions d'un commun accord nous installer en Bretagne, ouvrir des chambres d'hôte ou pourquoi pas un gîte, fonder une famille en accueillant un nouveau-né. Plus matériellement, j'attends les vacances avec impatience afin qu'on change d'air à nouveau au moins pour une semaine après un premier week-end il y a quelques jours en Bretagne. Bref, je n'ai rien vu venir, pas de signe avant-coureur.

Oh ! bien sûr, comme dans beaucoup de couples, tous peut-être, il y a des hauts et des bas. Et quelques creux de vagues en fin d'année dernière, qui ne sont - du moins je le croyais jusqu'à ce soir - que des épisodes à mettre au chapitre de notre histoire après quelques années passées ensemble. Et puis le retour du beau temps.

Ce soir, il a fait son sac, attend avec impatience qu'un couple de nos amis vienne le chercher direction Tours pour pouvoir s'évader et faire le point. J'entends d'ailleurs leur voiture qui arrive en bas au moment ou je rédige ces lignes.

Un point qui sera décisif, j'en suis certain.

...

Voilà, je viens de saluer un des composants du couple qui est venu le chercher, seul finalement. Seul, comme moi ce soir.