A moins d'être parti en hibernation, il n'aura manqué à personne que le Directeur Général de la République souhaite mettre un terme à la présence de publicités sur les chaines de France Télévision. L'objectif officiellement est de faire des chaines de France Télévision des supports pour des émissions chiantes de qualité, laissant aux chaines privées le soin de s'occuper du reste. Il ne lui aura pas fallu longtemps pour s'attirer la ire des collaborateurs, inquiets à juste titre, pour le sort des chaines et, par extension, de leur propre sort.

Officieusement, il se pourrait que les objectifs soit différents et bien loin de la promesse de toujours dire la vérité, si chère au Chef d'État. Ce qui risque de se passer, et la bourse la confirmé l'après-midi même de l'annonce, c'est que les annonceurs se rabattent majoritairement sur les deux chaines hertzienne, M6 et plus encore, éventuellement les nouvelles chaines de la TNT. Avec à la clé la stimulation de la dynamique de l'offre et de la demande et une explosion des prix de vente. De quoi faire le bonheur du parrain du petit Louis Sarkozy, Martin Bouygues. Que les annonceurs se plaignent et le CSA pourrait revoir sa copie et autoriser plus de publicités. Et ce n'est certainement pas Michel Boyon, ancien directeur de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, qui viendrait à refuser l'accès à ce type de requête. Et si la mayonnaise prend, on peut s'attendre d'ici quelques années à avoir des chaines privées avec des moyens assez fort pour élaborer des audiences fortes au détriment du service public. Et au final une question qui brulera les lèvres des contribuables : à quoi sert la redevance pour des programmes que personnes ne regardent. L'opinion aura alors légitimé la privatisation du groupe France Télévision. Pourquoi pas, me direz-vous ? Sauf que ce serait un coup sérieux porté au paysage audiovisuel français, France Télévision étant, quoi qu'on en dise, garante par sa position d'indépendance financière - au moins partielle - de la capacité de proposer une télévision qui ne caresse pas nécessairement dans le sens du poil le téléspectateur pour générer du profit. En la matière, la fin ne justifie pas les moyens. Les chaines privées sont contraintes de suivre sinon à être des télé poubelles comme on peut en trouver aux Etats-Unis.

Officieusement toujours, il se pourrait que l'objectif soit tout autre. On peut très bien imaginer que les promesses de prise en charge intégrale par l'État du manque à gagner si la publicité venait à disparaitre des chaines publiques ne soient tenue qu'à court terme. Quid d'un groupe de télévision qui ne doit sa survie qu'au financement de l'État ? Que penser d'une indexation des subventions en fonction de la propension de la chaine à courber l'échine devant les désidératas du gouvernement ? Cette question n'a certainement jamais été évoquée, les Chefs d'État qui se sont succédé à L'Élysée depuis l'existence de France Télévision n'ont jamais été autant médiatisés que depuis mai dernier. Mieux, les médias n'ont jamais été aussi habillement téléguidés depuis que l'ancien Ministre de l'Intérieur briguait la présidence de la France. Au passage, n'oublions pas que ce sera le même Michel Boyon qui nommera les prochains présidents de France Télévision au titre de son mandat de président du CSA. On a bien un proche de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, qui a été nommé à un poste clé chez TF1, alors à France Télévision, ce serait encore plus simple, la voie règlementaire le permettant. Et si ça la mayonnaise ne fonctionne pas, on pourra alors revenir à la première solution que j'évoquais au paragraphe précédent : moins de moyen, moins de qualité et de légitimité à faire vivre le groupe avec de l'argent public et autant de bonnes raisons de tenter la privatisation du groupe.

Ah ! Bien sûr, on dira que je vois le mal partout et que mon point de vue est orienté. Penser diamétralement le contraire serait faire également preuve de partie pris. On ne peut de toutes les façons ne pas rester sans question quant à cette manœuvre qui n'a pas lieu d'être en l'état actuel des choses et qui risquerait d'ébranler la liberté et l'intégrité de l'audiovisuel en France.