08sept. 2007
Vive la rentrée en bonne morale ou l'homosexualité vue au lycée
14:16 - Par MaxLeMans - Politicage - 7 commentaires
Quitte à écrire un peu moins souvent ici, autant que ce soit pour une chose utile. Je reproduis donc le communiqué de presse émis hier par le Centre Gay et Lesbien de Paris. Ca fait froid dans le dos quand on garde de vue l'influence qu'a le lycée auprès des adultes de demain et des choix (car s'en est) de celles et ceux qui animent ce lieu qui, en plus d'être un lieu éducatif, est aussi un lieu de socialisation.
Etre enseignant, c'est souvent une vocation. Puis un enseignant a une personnalité, une vie privée et aussi une orientation sexuelle.
En France, l'homosexualité est légale et ne doit pas être prétexte à la discrimination. Pourtant, il ne fait pas bon être homosexuel dans l'éducation nationale. Sans pour autant s'afficher, un homosexuel qui ne dissimule pas son orientation sexuelle est taxé de mauvaises mœurs, au mieux il échappe à l'amalgame avec la pédophilie.
Pourtant, à l'éducation nationale comme ailleurs, chacun crie haut et fort au respect de la vie privée, non à la discrimination, connait les statistiques propres à la pédophilie et sait parfaitement que l'orientation sexuelle n'est pas en cause, la plupart des pédophiles étant hétérosexuels.
Comment expliquer dans ce cas ce qui vient de se produire au Lycée Le Corbusier à Saint-Étienne-du-Rouvray en Seine-Maritime ?
Lors de la réunion préparatoire de rentrée, le proviseur aurait informé l’assistance que l'un des professeurs de français de l'an dernier, avait quitté l'établissement de son plein gré et que toute rumeur le concernant sera sévèrement réprimandée par l'administration. Dans l'assistance, c'est la consternation, aucun enseignant n'ignore que le professeur de français absent qui n'avait jamais caché son homosexualité, a fait l'objet d'une lettre de dénonciation anonyme de la part d'une collègue de travail qui en appelle à la morale.
En effet, des élèves sont parvenus à se connecter sur un site Internet de rencontres pour adultes homosexuels, y ont trouvé le profil de leur enseignant, avec une photo nu de dos. Ils ont prévenu d'autres enseignants.
Ce site Internet n'est pas interdit, il est réservé aux adultes consentants qui doivent créer un compte pour s'identifier. Les parents n'ont pas activé le contrôle parental sur les ordinateurs de leurs enfants, sinon, ils n'auraient jamais pu accéder aux profils des internautes inscrits. Les enfants, leurs parents et les enseignants complices ont attenté à la vie privée du professeur de français en toute impunité, mais pire encore, comme cet enseignant est homosexuel, il fait l'objet d'une sanction pour motif d'immoralité et se retrouve muté dans un autre établissement, soit disant de sa propre initiative. En fait, il a été convoqué au rectorat de Rouen où lui a été proposée une mutation qu’il a acceptée afin d'éviter le risque d'être frappé d'une mesure disciplinaire.
Si les élèves avaient trouvé un profil de leur enseignant sur un site de rencontres hétérosexuelles que se serait-il passé ? Probablement rien, rigolades, complicités et puis c'est tout.
La loi interdit la discrimination homophobe sur le lieu de travail, mais dans les faits qu'en est-il ? Combien d'enseignants français sont-ils confrontés à des situations similaires ?
Le Centre LGBT Paris IDF demande que soient enfin prises les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre l'homophobie subie autant par des enseignants que par des élèves dans l'éducation nationale.
Christine Le Doaré Présidente Centre Lesbien Gay Bi et Trans. Paris IDF
PJ : lettres de délation (voir annexe ci-dessous)

7 commentaires
Les lois des pays sont souvent en avance sur les mentalités des citoyens. Tant mieux ! Mais l'éducation reste à faire. Et pis... y aura toujours des gens qui ne respectent pas les autres et qui trouvent tous les prétextes possibles pour nuire. Si on aime pas ta tête, le premier prétexte venu sera le meilleur. Si tu n'es pas un mouton et dis ce que tu as à dire, tu déplairas. C'est comme ça en tout.
Sans remettre en cause les faits relatés dans cette affaire (je ne la connaissais pas avant de la lire ici), je voudrais relativiser tout de même la portée que tu leur donnes en apportant un témoignage d’un homo de l’Educ Nat et en relatant ici quelques faits :
1 je travaille à l’Educ Nat depuis plusieurs années, mes fonctions m’obligent à résider dans mon établissement (je ne suis pas prof) je suis homo en couple depuis 5 ans : pendant 3 ans, j’ai vécu et travaillé dans une petite ville, mon compagnon était très souvent chez moi au vu de mes voisins qui étaient aussi mes collègues et jamais cela n’a eu le moindre retentissement sur ma vie professionnelle ;
2 il suffit de regarder un peu autour de soit, bon nombre d’Homo de l’educ nat s’assument au grand jour, les syndicats professionnels sont très présents (en tous les cas bien plus que dans d’autres secteurs) sur les questions touchant aux homo ;
3 il ya d’un coté le droit et il y a la gestion pragmatique de situations de personnels qui peuvent être mis en difficultés dans leur établissement en raison de leur vie privée, il se trouve qu’une affaire assez proche de celle que tu relates est intervenue mais dans le milieu hétérosexuel cette fois, l’administration dans l’intérêt de l’agent a eu la même position : la mutation de l’agent. C’est bien certainement regrettable, mais ne soyons pas hypocrites les élèves peuvent être très durs entre eux mais aussi face aux adultes qui les encadrent
Emmanuel > J'entends bien ton propos et en effet il ne faut pas généraliser. Les extrêmes existent en tout et, pour le sujet que j'aborde, il y a des situations qui se passent bien (la tienne) et d'autre beaucoup moins. C'est le cas de ce prof. Au delà de ça, je retiens tout de même ceci de la lettre de délation : "[...] je ne pense pas que des élèves puissent assister sereinement aux cours d'un prof qui ne leur parait pas très respectable. Par respect pour les élèves légitimement inquiets ainsi que pour leurs familles, j'espère qu'il y aura une réaction de votre [le proviseur] part". Les questions que je pose sont les suivantes :
- un homosexuel n'est-il pas respectable ?
- en quoi la sexualité d'un enseignant, sexualité qui relève de la sphère strictement privée, a à voir avec son activité professionnelle ?
- qu'est ce qui se dissimule derrière la "légitime inquiétude" des élèves et de leurs familles ?
Il n'en reste pas moins que, plutôt que de faire front face à cette situation qualifiée injustement d'incongrue, le choix de tous est de fermer les yeux et donner raison à celles et ceux qui ont tenu pour propos "allez vous faire enculer". Sans crier au scandale, il ne me semble pas acceptable que l'homophobie ordinaire puisse prendre racine au lycée, le tout avec la complicité discrète et néanmoins réelle du proviseur et du rectorat. Il m'aurait semblé plus intelligent de profiter de cette situation pour ouvrir la réflexion. D'autant plus que ce prof n'est pas dans le placard et aurait même éventuellement pu intervenir pour tenter l'ouverture. L'école de la République aura préféré au contraire proférer la menace de sanctions disciplinaires pour avoir le dernier mot.
Consternant.
mon propos concernait la réaction de l'administration, s'agissant des cons il y en a partout chez les profs comme ailleurs, chez les pd comme chez les hétéros
Emmanuel > Je ne considère pas que l'administration ait fait le bon choix. Sous couvert de vouloir agir dans l'intérêt de l'agent, je trouve qu'elle a facilement démissionné de sa fonction d'éducation. L'agent qui a été muté, je le rappelle, pour échapper à des sanctions disciplinaires est un homo pleinement assumé. Alors quoi : action dans l'intérêt de l'agent ou de la "bonne moralité" ?
Dans cette affaire, il y a une question qu'il faudrait bien aborder, c'est celle de l'attitude de la collègue qui dénonce un collègue en raison de son homosexualité.
Cette femme - d'une morale étriquée sans aucun doute - devrait réfléchir aux conséquences de ses actes.
Car la dénonciation qu'elle a faite relève de la calomnie, délit prévu et réprimé par le code pénal et de l'imputation à autrui de délits imaginaires. A soi seul ces faits justifient d'une poursuite judiciaire pour dénonciation calomnieuse, avec circonstance aggravante d'outrage à magistrat pour avoir contraint l'autorité de justice à des recherches inutiles, sans préjudices des procédures disciplinaires qui devraient être engagées, pouvant aller jusqu'à la radiation définitive des cadres de la fonction publique.
En tout cas, cette collègue, indigne de la fonction qu'elle exerce, ne mérite que mépris et opprobre.
Quant au chef d'établissement, la complicité pour dénonciation calomnieuse est certaine, pour n'avoir pas rappelé la dénonciatrice aux devoirs de sa charge et pour avoir transmis un rapport qu'il savait mensonger au rectorat.
Quant au recteur, c'est un statut d'emploi et le conseil des ministres devrait le renvoyer à sa chaire universitaire pour le faire méditer sur ses propres turpitudes.
Emmanuel > "Objection Votre Honneur ! Les propos tenus à l'encontre mon client sont infondés. La qualification de calomnie ne s'applique dans l'affaire qui nous occupe, le plaignant assumant au grand jour son orientation sexuelle". C'est en substance ce qu'aurait pu entendre dans un tribunal, notre pauvre prof étant un pédé assumé (et c'est bien ce qui gène le plus, à mon humble avis). Et, sur ce point, je te rejoins Philippe, la collègue de ce prof a clairement dépassé les bornes. Je pense que ce serait plus de l'atteinte à la vie privée que de la calomnie qui pourrait être retenue à charge. C'est tout le problème avec la question de l'orientation sexuelle qui ne devrait pas être source de discriminations selon la loi mais qui, dans les faits, est vécu tout autrement. Comme souvent, le quotidien des administrés devance de loin la vie des tribunaux...