La réduction du temps de travail (RTT) amplifie donc grandement la création d'emplois lorsque la conjoncture est favorable (1). Preuves à l'appui, la RTT n'est pas seulement socialement juste elle est aussi économiquement efficace. Comment la RTT crée-t-elle des emplois ? Pour répondre à cette question il faut intégrer une variable dans le raisonnement : la productivité du travail. Cette variable mesure en quelque sorte le progrès technique. C'est très simple, le progrès technique permet de produire une même quantité de biens avec moins de bras. Autrement dit, sans la réduction progressive du temps de travail, les machines se substitueraient progressivement aux travailleurs. Pour un niveau de production (PIB) inchangé, la hausse productivité mène à une contraction de l'emploi. Afin de maintenir l'emploi, il faut donc redistribuer le travail en réduisant sa durée hebdomadaire. La RTT doit donc être au moins équivalente à l'amélioration de la productivité pour maintenir l'emploi à un niveau inchangé.

Une alternative à la RTT est l'augmentation des salaires réels (augmentation supérieure à l'inflation). En effet, l'augmentation du pouvoir d'achat des travailleurs permet qu'ils consomment davantage et que les entreprises embauchent. Autrement dit, la hausse des salaires réels doit donc être au moins égale à la hausse de la productivité du travail afin de maintenir le volume global de l'emploi.

Or, entre 1979 et 2001 la productivité des travailleurs français a augmenté de 60% alors que les salaires réels n'ont progressé que de 35%. Les Français produisent donc près de 16% de richesses en plus sans aucune forme de compensation ! La France se trouve donc confrontée à un grave problème d'insuffisance de la demande intérieure, qui est la principale cause de son chômage élevé (comme dans la plupart des pays européens).

Nicolas Sarkozy veut augmenter le pouvoir d'achat des Français. Excellente idée ! Toutefois, cette mesure se traduira-t-elle par une relance de la croissance par la consommation et donc des créations d'emplois ? Malheureusement non, car il promet par ailleurs que "les heures supplémentaires seront toutes payées au moins 25% de plus que les heures normales, et elles seront exonérées de toute charge sociale et de tout impôt". Or, les heures supplémentaires détaxées sont un "tue l'emploi". Même en cas de relance de la demande intérieure grâce à la hausse du pouvoir d'achat, les entreprises préféreront faire travailler plus longtemps leurs employés plutôt que d'embaucher. Par ailleurs, la hausse du pouvoir d'achat ne garantit en rien que les biens consommés seront produits en France et qu'ils donneront plus de travail aux Français (fuite à l'importation). Cette mesure, présentée comme favorable à l'emploi, est donc essentiellement un cadeau au patronat français. Dans ces conditions, la hausse des salaires sera synonyme de croissance inégalitaire.

La RTT est donc une mesure de loin préférable car elle permet de faire d'une pierre deux coups. D'une part, elle donne un travail à un plus grand nombre de travailleurs en redistribuant le travail. D'autre part, elle augmente le pouvoir d'achat global des travailleurs en augmentant la masse salariale (nombre total d'emplois x salaire moyen). Nicolas Sarkozy sera le président de la fracture sociale. En augmentant le pouvoir d'achat des uns et en plongeant les autres dans l'inactivité et la pauvreté, il fera de la France un pays plus inégalitaire. Assez de cadeaux au patronat français, la France n'a pas de problème du côté de l'offre mais bien du côté de la demande ! Mais alors, que faut-il faire ? Afin de créer de nombreux emplois, le prochain chef de l'Etat Français devra réduire sensiblement la durée du travail. Afin de donner un emploi aux 4 millions de Français qui en sont privés, il ou elle devra réduire la durée hebdomadaire à 32 heures. Il ou elle devra aussi relever le SMIC afin de lutter contre l'insuffisance grandissante de la demande intérieure.

(1) Toutes les statistiques utilisées dans cet article sont extraites de J.-M. Jeanneney, G. Pujals, Les économies de l'Europe occidentale et leur environnement international de 1972 à nos jours, Publication de l'Observatoire français des conjonctures économiques, Fayard, Paris, 2005.

A bon entendeur, il n'est donc pas question de me porter volontaire à des heures supplémentaires.